Monsieur le maire, chers collègues,
Au nom du groupe Union démocratique bretonne, je voudrais d'abord remercier François André pour sa présentation de ce premier budget de la mandature et saluer le travail des services de Mme
GOUTANY et de Monsieur LOURY.
A Rennes, nous avons été parmi les premiers à ressentir les implications pratiques et douloureuses du ralentissement économique mondial : chômage partiel et plans sociaux dans la filière
automobile du bassin rennais, baisse d'activité dans le bâtiment, etc. Des entreprises du secteur des technologies de l'information et de la communication licencient également comme
Alcatel-Lucent ou Motorola, alors qu'elles font des bénéfices !
A l'échelle nationale la réponse du Gouvernement est inadaptée et ni elle, ni le discours démagogique du "travailler plus pour gagner plus" ne suffiront à faire oublier sa politique industrielle
désastreuse. Car au-delà de la crise financière et économique, nous traversons une crise globale de société.
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La crise est sociale et c'est justement au moment où les citoyens ont le plus besoin d'un service public de qualité et de proximité que les plans de "réorganisation" des services publics
décidés de manière unilatérale se succèdent. La mise en concurrence des territoires, et des universités par exemple, ou encore le détricotage des acquis sociaux élémentaires tels que le droit du
travail (avec en particulier la tentative de généraliser le travail le dimanche) renforcent encore le désarroi qui frappe nos concitoyens.
Le gouvernement n'a que faire de la justice sociale, or remettre en cause la solidarité c'est renforcer la crise de notre démocratie. C'est de fait aux collectivités, interfaces avec les
citoyens, qu'il revient aujourd’hui de faire face à cette casse sociale… A condition qu'elles en aient les moyens ! Pour lancer son plan de relance, l'Etat n'a même pas jugé utile d'associer les
collectivités territoriales à la réflexion, alors que se sont elles qui réalisent 75 % des investissements publics ! On croirait rêver si on n'était pas déjà habitués au mépris de l'Etat pour les
territoires !
Avant de vouloir "rationaliser" l'action des collectivités et leur demander des comptes, il faudrait donc déjà que l'Etat commence par tenir ses engagements de compenser à l'euro près ses
transferts de compétences aux territoires. Une réforme territoriale réellement novatrice devrait garantir des marges de manœuvre aux collectivités avant de penser à sectoriser leurs compétences.
Nous appelons donc de nos vœux une réforme, et même une refonte globale de la fiscalité locale, aujourd'hui totalement archaïque, comme l’a clairement démontré l’élu aux Finances.
Chez certains de nos voisins européens le budget des collectivités est alimenté par une part de l'impôt sur le revenu. Ce sont même parfois les collectivités qui lèvent l'impôt et en reversent
une part à l'Etat, qui se charge alors d'assurer la péréquation avec les autres territoires. Au lieu de ça, l'autonomie fiscale de nos collectivités se réduit comme peau de chagrin : la réduction
des concours financiers de l'Etat met déjà toutes les collectivités dans une situation difficile et réduit leur capacité d'action. Le remplacement de la taxe professionnelle par une nouvelle
dotation d'Etat lui donnerait le coup de grâce. Signe de la déconnexion du projet actuel de réforme territoriale avec la réalité du terrain, le rapport Balladur n'aborde qu'à la marge cette
question essentielle des finances locales, alors qu'elle aurait dû en constituer le cœur.
Dernier élément du contexte dans lequel s'inscrit le vote d'aujourd'hui : la crise écologique, qui est en passe de devenir une priorité politique pour l'Etat …du moins c'est ce qu'a fait
croire le Grenelle de l'Environnement. Avec le recul il est clair que, là encore, les collectivités vont devenir les acteurs majeurs de la lutte contre le réchauffement climatique et pour la
préservation de la biodiversité et de la santé publique. Les compromissions de l'Etat avec les lobbies de l'électricité nucléaire en sont les signes les plus caricaturaux : qui peut encore croire
que le nucléaire est une énergie propre ?
Les territoires s'organisent d'ailleurs en réseaux internationaux, en particulier pour se faire entendre lors du prochain sommet sur le réchauffement climatique à Copenhague. En février dernier,
Rennes a d'ailleurs signé la Convention des Maires comme près de 400 villes européennes et s'engage ainsi à réduire ses consommations d'énergie et ses émissions de gaz à effet de serre ainsi qu'à
augmenter son utilisation d'énergies renouvelables. Nous tenons à saluer cette initiative.
C'est donc dans ce climat d'incertitudes mais aussi de nouvelles dynamiques que nous sommes amenées à nous prononcer sur le budget 2009 de la Ville.
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Comment sortir de la crise à Rennes ? A l'évidence, il nous faut anticiper un nouveau modèle de société, en commençant dès aujourd'hui à notre échelle locale.
A ce titre, le budget 2009 constitue à nos yeux une base prometteuse, car une politique d'investissements publics volontaire est indispensable pour contrebalancer les effets de la crise. Bien
entendu nous sommes sensibles à ce que ces investissements s'inscrivent dans un objectif de solidarité : c'est particulièrement le cas en ce qui concerne la construction de l'Espace Social Commun
des Champs Manceaux, les opérations concernant les crèches des Longs Champs et de Beauregard ou encore les espaces verts urbains ou l’informatique dans les écoles.
Nous n'avons pas d'opposition de principe au recours à une hausse de la fiscalité locale, sous réserve que le souci de la redistribution qui est à la base de l'impôt soit recherché. Une
augmentation des impôts doit donc alimenter une politique volontariste en faveur, par exemple, du logement social et on connaît l'exemplarité de Rennes dans ce domaine. Cependant il est
indispensable que cette hausse reste mesurée pour ne pas trop peser sur le portefeuille des Rennais, au moment où les ménages à revenus moyens ont du mal à réaliser leurs projets par manque
d'argent. Eux ne bénéficient pas du bouclier fiscal offert par le Gouvernement aux plus haut revenus... Nous nous réjouissons donc de constater que l'augmentation de la fiscalité rennaise sera
modérée.
Nous tenons à souligner l'effort continu de gestion rigoureuse en matière de dépenses de fonctionnement, puisque le budget de fonctionnement n'augmente que de 1,5 % en dépenses réelles alors
qu'augmentent les charges de gestion courante (+ 4 %) ainsi que les transferts comme la subvention au CCAS, qui permettra de prendre en compte l'évolution du service d'aide à domicile ou
l'expérimentation du RSA (Revenu de Solidarité Active).
Il est de toute façon clair, et la présentation du budget 2009 qui nous a été faite le rappelle, que la Ville va également recourir à l'emprunt, notamment dans le cadre de sa participation au
plan de relance dont Monsieur le Maire et François ANDRE nous ont expliqué l’économie générale.
Le budget qui nous est présenté aujourd'hui respecte les grands équilibres et est fidèle au principe de solidarité qui compte tant pour notre majorité. Le groupe Union démocratique bretonne
votera donc le budget 2009, car ce principe de solidarité doit continuer à guider la politique municipale.
Mais nous devons également nous saisir des enjeux émergents, en renforçant les orientations budgétaires qui vont dans le sens d'une plus grande responsabilité à court et à long terme. Car nous
ne devons pas nous contenter de chercher à contrebalancer les effets de la crise en la combattant avec les méthodes et les concepts du passé : il faut orienter dans une nouvelle direction
notre mode de vie et notre Démocratie.
En 2009 et dans le futur, notre ville aura à assumer des responsabilités qui grandiront encore, surtout si se confirme le scénario selon lequel Rennes deviendrait une "super métropole" aux
compétences élargies. Osons inventer un modèle de société rennais innovant dans une Bretagne tournée vers l'avenir. Il est possible d'avancer de manière pragmatique et volontariste, car
il y a urgence, vers le progrès social, la préservation de l'environnement, une économie au service de la société et un meilleur équilibre territorial.
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Pour terminer mon intervention et pour entamer la réflexion de manière concrète, nous souhaitons formuler quelques propositions.
Nous l'avons évoqué, Rennes travaille déjà pour concrétiser son ambition de devenir une "Ville écologique" exemplaire. L'énergie la moins polluante et la moins chère est encore celle qu'on
ne consomme pas : la réduction des consommations et l'amélioration des performances énergétiques des bâtiments municipaux doivent donc être des priorités et le plan de relance rennais pourra y
participer. Quant au développement des énergies renouvelables, pourquoi ne pas commencer dès maintenant à équiper les bâtiments communaux de panneaux solaires, et de récupérateurs d'eaux
pluviales ? L'exemple que donnera la municipalité sera le meilleur moyen pour inciter les Rennais à adopter les énergies renouvelables. Plus largement, ne pourrait-on pas doter la Ville d'un
véritable Agenda 21 ? De plus en plus de collectivités bretonnes l'ont déjà fait avec un certain succès. Une telle initiative permettrait de montrer que bâtir une "Ville pour tous" suppose
de rechercher de manière coordonnée le progrès social, une économie au service de la société et non de la croissance des dividendes, des préoccupations environnementales fortes, par le
biais d'une gouvernance territoriale rénovée.
Inscrire nos politiques publiques dans un développement durable bien compris suppose aussi de réinterroger notre modèle économique local. Les capacités de notre ville à innover demain
reposent sur la qualité du pôle rennais d'enseignement supérieur et de recherche, qui irrigue toute la Bretagne et au-delà. Mais comment rester la "Ville de tous les savoirs" si l'Université est
de plus en plus fragilisée ? Il est indispensable de témoigner de notre soutien aux enseignants, personnels et étudiants mobilisés.
Face aux baisses d'activité qui frappent le bassin rennais il est urgent de réfléchir aux leviers d'action dont dispose la Ville pour favoriser les initiatives de reconversion industrielle, en
lien avec les collectivités partenaires. La crise montre bien la nécessité de développer des activités non délocalisables.
L'action coordonnée avec les autres collectivités bretonnes est plus que jamais nécessaire. Les partenariats avec Nantes représentent bien sûr un potentiel énorme d'innovation en
matière d'aménagement territorial, qui ne demande qu'à se déployer. La réunification administrative de la Bretagne constitue à ce titre un projet sur lequel il convient d'avancer, dans l'esprit
du vœu voté à l'unanimité lors du dernier conseil municipal. Nous devons aussi penser le dynamisme économique et urbain de notre agglomération dans une optique de solidarité avec l'ensemble de la
Bretagne, afin d'éviter un déséquilibre Est-Ouest qui serait source de tensions. Le réseau des villes de Bretagne et l'établissement foncier public régional sont des outils indispensables pour ce
faire.
A une autre échelle, la mutualisation des services entre la Ville et Rennes Métropole est l'occasion de réfléchir à l'équilibre intercommunal que nous voulons. Prenons le temps de la réflexion
pour la mener à bien.
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Je vous remercie.
Eliane Leclercq, présidente du groupe UDB au Conseil municipal de Rennes